Fractures de la première phalange des doigts

Ostéosynthèse percutanée par vissage en croix : Intérêt d’une technique d’ostéosynthèse percutanée définitive : à propos d’une série prospective de 18 cas.

P.Croutzet, B.Ferreira, A. Gaston-Nouvel, C. de Cheveigné
Société Française de Chirurgie de la Main – Décembre 2013

 

Introduction

Dans la prise en charge des fractures de phalange, la lutte contre la raideur est le challenge principal.

Le traitement chirurgical repose ainsi sur un compromis entre nécessitée de limiter au maximum les adhérences en étant le moins invasif possible et nécessitée d’obtenir une solidité mécanique primaire maximale permettant une mobilisation précoce.

L’ostéosynthèse par plaque permet d’obtenir une excellente solidité mécanique primaire aux dépens de fortes adhérences secondaires. L’ostéosynthèse par brochage percutanée est peu invasive mais elle transfixie l’appareil extenseur (raideur) et sa solidité primaire ne permet pas toujours une mobilisation active immédiate.

Dans les 2 cas, le matériel d’ostéosynthèse doit être retiré lors d’une deuxième intervention ce qui alourdit encore la convalescence.

Notre idée était donc :

- de conserver une technique mini-invasive percutanée

- d’en augmenter la solidité mécanique primaire

- d’éviter le conflit entre le matériel d’ostéosynthèse et l’appareil extenseur

- d’éviter un geste de retrait du matériel

 

Matériel et Méthode

Sur une période de 2 ans, nous avons opérée 18 fractures de phalange par vissage en croix percutanée dont nous avons évalué les résultats de manière prospective.

Dans un souci d’homogénéité de cette série, nous avons retenu uniquement comme critères d’inclusion les fractures extra-articulaires de la base de première phalange déplacée datant de moins de 15 jours chez l’adulte.

Le matériel correspondait à des vis à double filetage type « Herbert » canulées auto-perforantes et auto-taraudeuses (SBI Autofix Ø2, Biotech Evolution Ø 1,7) qui étaient enfouies en totalité dans l’os. La peau était fermée par stéristrips ou par point simple résorbable.

Dans les suites, les patients étaient immobilisés par une attelle MP stop amovible pour 3 semaines avec début immédiat d’une rééducation active en amplitude maximale avec le kinésithérapeute.

Les patients étaient examinés cliniquement et radiographiquement à 3 semaines, 6 semaines et 3 mois.

Les critères d’analyse étaient le terrain (age, sexe), la douleur (EVA 10), le taux de mobilité (range of motion) MCP, IPP et IPD, la durée d’arrêt de travail, le délai avant reprise du sport ainsi que le déplacement secondaire radiographique.

 

Résultats

18 patients  (12 hommes, 6 femmes, âge moyen 37 ans (17-71)) ont été opérés par cette technique, tous les patients ont pu être revus 2 fois, seul un patient n’a pas été revu à 3 mois.

A 3 semaines, la mobilité active moyenne MCP était de 80°, IPP 70°, IPD 50°. A 6 semaines, MCP 100°, IPP 90°, IPD 60°. A 3 mois, MCP 100°, IPP 95°, IPD 65°.

La réduction n’était anatomique que dans 13 cas sur 18 mais aucun déplacement secondaire n’a été noté à 3 mois.

A 3 mois, 1 patient conservait des douleurs en fin de flexion sans cause évidente.

La durée d’arrêt maladie était en moyenne de 4 semaines (0-3 mois) et le délai avant reprise du sport était de 7 semaines (4-12).

 

Discussion

La mobilité était récupérée en secteur fonctionnel à 3 semaines, les articulations les plus touchées par la raideur étaient les interphalangiennes. La mobilité était quasi-maximale à 6 semaines.

 

Conclusion

La mobilité active de l’IPP est la plus longue et la plus difficile à récupérer et justifie sans doute de soins de rééducation spécifique ; l’absence de déplacement secondaire  dans notre série permet  d’envisager un début d’électrostimulation précoce vers la 4 semaines postopératoire.

Les mobilités maximales à terme sont au moins aussi bonnes que celles des autres séries de la littérature avec une convalescence qui semble plus courte.

Avec un recul maximal de 2 ans, aucun patient n’a eu besoin d’un retrait du matériel d’ostéosynthèse.